« Emmanuel Eboa Lotin était non seulement une étoile, il était aussi une lumière incroyablement brillante qui s’est éteinte bien trop tôt… Et c’est pour ça que, moi et bien d’autres, souffrons à ce point aujourd’hui… Si vous avez eu la chance de connaître Eboa Lotin ou de croiser son chemin, je sais que vous êtes triste vous aussi… La bougie qui brille deux fois plus brûle deux fois moins longtemps… » ;ainsi s’exprimait  dimanche dernier à Douala, le Sénateur  de la Vallée du Ntem  dans le Sud Cameroun, l’honorable François Xavier Menye Ondo.

Le membre de la chambre haute du parlement camerounais  a tenu à faire le déplacement de Douala, pour assister au culte d’action de grâce en la mémoire d’Emmanuel Eboa Lotin. Le sénateur a saisi l’occasion  pour déposer un bouquet de fleur sur la tombe de son défunt ami et apporter un appui à la famille du défunt.

La mémoire d’Eboa Lotin fait toujours autant courir les foules. Constat en a été fait dimanche dernier, au  temple Lotin Same à Douala, avec une foule immense. On aurait dit que le public attendait un concert. Tous se bousculaient devant la tombe de l’artiste. On pouvait voir au premier rang :l’Ambassadeur itinérant Albert Roger Milla, le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Douala,Fritz Ntone Ntone,des chefs traditionnels Sawa et des artistes de renom tels que:Ekambi Brillant,Beko Sadey,Eko Roosevelt…

Au cours de son culte d’action de grâce, l’officiant principal du jour, le pasteur Aron Robert Dibobe a rappelé  que : « Le 06 octobre 2019, cela fait 22 ans jour pour jour que l’artiste camerounais Emmanuel Eboa Lotin est  décédé. Et pour tant, le souvenir demeure toujours aussi vif. Emmanuel Eboa Lotin était un homme multi facette, un artiste au sens plein, plein d’humour et d’émotions. Pendant son vivant, Emmanuel Eboa Lotin est resté confiant, il a cultivé son amour pour le don qu’il possédait  de naissance.il a continué à travailler jour et nuit jusqu’à ce qu’il ait rencontré le succès ».

Peu avant la pose d’une gerbe de fleur sur la tombe d’Eboa Lotin,le pasteur André Frank Bebey Same,chef de famille de l’artiste-auteur-compositeur disparu, a exprimé toute sa gratitude à cet « émouvant hommage »rendu par le Sénateur Xavier Menye.

En rappel, Eboa Lotin est né d’une mère ménagère et d’un père pasteur. Le révérend Adolphe Lotin Same était un pasteur religieux qui a rénové l’église Baptiste Camerounaise. Il est l’auteur de plus de 400 cantiques. Ses parents meurent alors qu’il n’a que 3 ans. Une atrophie due à l’injection de quinine lui paralyse la jambe gauche à un très jeune âge. Très jeune, Eboa Lotin a connu des moments de découragement et de désespoir, il se lance dans la musique à l’âge de huit ans. En 1962, il n’a alors que 20 ans quand il compose sa première chanson Mulema mam (mon cœur). Il raconte dans cette chanson l’histoire d’un jeune couple sans expérience dans lequel le mari accorde le divorce à sa femme car il n’a pas assez d’argent pour satisfaire les ambitions démesurées de sa femme. Il enregistra ce chef-d’œuvre dans les studios de Radio-Douala, connut beaucoup de succès mais ne lui rapportant que très peu de satisfaction matérielle.

Eboa Lotin reste confiant et cultive son amour pour le don qu’il possède de naissance, il continue à travailler jour et nuit jusqu’à ce qu’il ait rencontré le succès. Il compose ensuite cinq autres chansons, dont le fameux Mbemb’a mot’a sawa, titre grâce auquel il remporte le 1er prix du Concours Vick’s Vedette (avec Duke Ellington, président du jury et Myriam Makeba membre du jury), titre qui lui permet de découvrir la ville de Paris. Il en profite pour enregistrer ses plus grands succès (aux éditions Philips). Matumba Matumba et Bésombe remporte un succès panafricain et international.Il est ensuite invité au 1er festival panafricain d’Alger en juillet 1969 où il représente le Cameroun. La même année 1969, Eboa Lotin est  invité en 1969 par : l’empereur Bokassa 1er, en Centrafrique ; Marien Ngouabi, en République du Congo, lors de la naissance du PCT ; Omar Bongo, au Gabon, lors du 10e anniversaire de la rénovation (mars 1970) ;Mobutu Sese Seko, au Zaïre.

Emmanuel Eboa Lotin meurt le 6 octobre 1997 à Douala, vers 17 heures, à l’hôpital Laquintinie. Sa dernière œuvre sortira quelque temps plus tard, à titre posthume, intitulée « Forever » (« À jamais »). On y retrouve sept chansons dont Ave Maria qui ne put être interprétée par son auteur avant son décès.

Père de cinq enfants, Lynda, Henri, Jackie, Cathy et Samuel, il a partagé sa vie entre sa famille, sa foi, sa musique (près de 70 chansons) et sa sculpture. Il est l’oncle de la chanteuse Kaïssa. Ancien élève de l’école principale d’Akwa, il n’a jamais connu les bancs du secondaire car il a arrêté les études en 6e année primaire (Cours moyen 2e année). Il se disait « analphabète régulier ».

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here