Par Dupleix Kuenzob Pedeme (Correspondance particulière)

I. Constatations

1- L’accumulation et la cristallisation des frustrations sont à l’origine de la déflagration sociale, des crises sociopolitiques et des violences que traverse le Cameroun;

2- La plus pernicieuse parmi ces crises n’est ni la crise économique, ni la crise sociopolitique en elle-même, mais la crise de confiance entre les citoyens et les personnes qui incarnent et animent les institutions de la République.

3- Ces personnes ont érigé le mensonge et la politique de l’autruche en mode de rapport entre le citoyen et les institutions, sevrant les populations de la jouissance des missions et produits de ces institutions et les empêchant à l’arrivée d’exercer un quelconque regard ou recours pour prétendre être écoutés.

4- L’absence des possibilités de recours a distancé le peuple de ses dirigeants, creusé un fossé entre l’administré et l’administrateur qui s’est en effet émancipé et autonomisé de la plèbe, pour n’avoir pour seul interlocuteur que les gens d’en haut avec qui se partagent les dividendes et strapontins du pouvoir exclusionnaire.

5- La justice aurait pu au moins réconforter le commun des citoyens si au moins elle donnait l’illusion, le sentiment ou la simple impression de lire ou mieux de dire le droit. Les plaignants hauts placés qui se refusent de se présenter à la barre une fois qu’ils ont fait enfermer (jeter dans les geôles étouffantes) leurs victimes, est une belle manière d’entretenir la psychose et la corruption, et d’avertir le citoyen lamda sur l’épée de Damoclès qui pèse sur sa prétendue citoyenneté.

6- La déshumanisation du citoyen présumé ou effectivement en conflit avec la loi mais aussi avec d’autres citoyens et qui consacre la négation de la dignité reconnue à tout être, s’apparente à une preuve par neuf que ce pays le Cameroun n’appartient plus à tout le monde, mais à ceux-là qui sont en position de pouvoir, dès lors qu’ils peuvent faire mettre aux ordres les forces de maintien de l’ordre et ou l’armé pour effectivement faire usage de la force. La brutalité exercée sur les citoyens mis en cause participe de ces traitement dégradant qui déshumanisent autrui.  

7- Si l’impunité n’avait pas augmenté en faisant reculer la justice rétributive au sein de notre société qui voit la méritocratie et la justice distributive très lointaine dans les deux sens arrière et avant? 

8- Et si l’article 66 de la Constitution avait été mis en oeuvre, n’aurait-il pas réduit l’orgie et l’accumulation privative des richesses nationales par quelques uns au détriment du grand nombre?

8- Que dire de l’application du code de procédure pénale, n’aurait-elle pas désengorgé nos prisons plein de larcins qui au sortir parfois sans procès deviennent des gangsters récidivistes qui écument les villes et les villages?

9-  La mise sous perfusion chronique et constante des entreprises para publiques des secteurs productifs qui auraient pu réaliser des bénéfices, a contribué longuement à ponctionner sauvagement les richesses nationales, sans que ceux qui les dirigent ne se plient à l’exercice de la responsabilité en tant que pouvoir et devoir de rendre compte. Bien plus, nombre d’entre ces chefs d’entreprises sont déresponsabilisés et réhabilités à la mort de leur boîte.

10 –  La pratique généralisée de la cooptation et du parrainage qui a fécondé la reproduction sociale tend à perpétuer cette déresponsabilisation des dirigeants, donnant ainsi pouvoir au clan, à la famille, à la tribu voire l’ethnie des mis en cause de se croire et de se voir irréprochable et intouchable. Or, la gestion de toute responsabilité publique est engageante et opposable.    

II. Suggestions et Recommandations

En convoquant le grand dialogue national, le Président Paul Biya a tenu ces propos que nous devons faire nôtre comme un objectif spécifique mesurable à atteindre à court et moyen terme. Il a dit ceci: 


« … S’il est nécessaire de tenir compte de l’équilibre régional dans des pays neufs, à la structuration sociologique diverse tel que le nôtre, il est indispensable de rappeler que les ministres et autres responsables ne sont pas nommés seulement pour servir leurs régions, leurs villages ou leurs familles, mais, l’ensemble de la communauté nationale. Ils doivent être au service de l’intérêt général et non des intérêts particuliers. »


Ma contribution au dialogue national s’appuiera sur cette déclaration qui semble nous interpeller, citoyens de ce pays,

  • à ne plus laisser les dirigeants nommés ne servir que les leurs ou leurs propres intérêts au détriment de l’intérêt général. Nous devons nous réarmer moralement pour devenir, chacun et chacune en ce qui le concerne, comme des objecteurs de conscience pour barrer la voie à toute imposture.

A ce titre, le dialogue national pour lequel je participe doit pouvoir :

  1. mettre en place des conditions, des mécanismes et des institutions effectives et efficaces permettant à tout citoyen de demander des comptes aux dirigeants de ce pays sans être inquiétés. Pour être plus concret, le dialogue devrait aboutir à restaurer la confiance aux citoyens en interpellant la responsabilité des mis en cause dans l’échec du Cameroun à organiser et accueillir la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2019. Ce sera là un signal fort qui donnera au peuple de comprendre que ses cris et pleurs ont été entendus. Car le peuple camerounais profond a besoin d’être écouté. Les élites ne doivent plus se substituer au peuple.


Le Dialogue devrait aussi aboutir à

  • l’adoption d’un plan de dialogue direct et structuré entre le Président de la République et certaines catégories d’acteurs représentatifs des pouvoirs et des populations, ainsi que des autorités exerçant des compétences techniques dans des secteurs susceptibles d’impulser un développement national sur la base des avantages comparatifs. Il s’agira des personnes et autorités qui, bien que maitrisant les réalités sociales et économiques, n’auront presque jamais l’occasion d’échanger en tête à tête avec le Président de la République qui détient seul aujourd’hui les clés de sortie du sentiment d’injustice généralisée qui gangrène la société camerounaise. 
  • la viabilisation ou l’opérationnalisation du Conseil Économique et Social (CES) pour qu’il joue pleinement son rôle de facilitation de la collaboration au sein de la société, et permettre au moins que les politiques publiques élaborées, les lois adoptées ne soient pas exclusivement du ressort de l’exécutif. L’administration camerounaise ne devrait plus se comporter comme ce factotum qui se situe au début et à l’arrivée de tout. Nous devons pourvoir avoir une lisibilité sur les pouvoirs et les contre pouvoirs, dans l’optique d’amener chaque entité à assumer ses responsabilités sous le contrôle et l’arbitrage des autres.
  • Voilà ma contribution au dialogue national.

Dupleix Kuenzob Pedeme

Secrétaire Exécutif Dynamique Mondiale des Jeunes (DMJ)

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