Depuis la survenance de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays, jamais le terme dialogue n’a été autant évoqué, prononcé, voire galvaudé.A l’interne comme à l’international, chacun y est allé de ses propositions et de ses suggestions. Certaines d’entre elles réalistes, d’autres nettement moins. Les conseils ont afflué. Certains avisés, d’autres intéressés. D’aucuns se sont même risqués à des injonctions.Des initiatives multiples et diverses ont également fleuri. La plupart du fait de personnes de bonne foi, de pays ou d’organisations véritablement soucieux du devenir du Cameroun et du bien-être de ses populations.

Mardi soir,au cour de son adresse radio-télévisée à la nation,Biya a remercié les organisations internationales et pays amis pour “leurs efforts et leurs témoignages d’amitié”.

Le chef de l’Etat camerounais a souligné qu’: “il y a toutefois lieu de remarquer que la prolifération de ces initiatives s’est parfois malheureusement appuyée sur des idées simplistes et fausses, procédant de la propagande sécessionniste”.

Pour l’inamovible président:” Il en est ainsi de la prétendue marginalisation des Anglophones, de la persécution de la minorité anglophone par la majorité francophone, du refus du dialogue par notre Gouvernement au bénéfice d’une  solution militaire à la crise ou encore des accusations ridicules de génocide”. 

Paul Biya a par ailleurs rappelé que:”S’agissant du dialogue lui-même, la question s’est toujours posée de savoir, Avec qui ?”

Le chef de l’Etat du Cameroun accuse les nouvelles technologies de l’information et de la communication et notamment les réseaux sociaux d’avoir” malheureusement favorisé l’apparition de leaders autoproclamés, d’extrémistes de tout bord essayant d’asseoir leur notoriété par le biais d’injures, de menaces, d’appels à la haine, à la violence et au meurtre”.

Le successeur de feu président Ahmadou Ahidjo souligne pour le regretter que:”tuer des gendarmes ou des civils, kidnapper, mutiler, molester, incendier, détruire des infrastructures publiques, empêcher les enfants d’aller à l’école ou les populations de vaquer tranquillement à leurs occupations n’a jamais été, dans aucun pays au monde, source de légitimité pour représenter ou s’exprimer au nom des populations justement victimes de ces exactions”. Par la suite,Paul Biya rappelle qu’:”En démocratie, seule l’élection confère une telle légitimité”.

Les nombreuses consultations que le président camerounais dit n’avoir cessé de mener au sujet de cette crise, lui auraient permis de prendre “la mesure de l’ardent désir des populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de retrouver le cours normal de leurs vies, de pouvoir de nouveau, en toute sécurité, exercer leurs activités économiques et sociales, de voir les réfugiés et les personnes déplacées revenir et les enfants retrouver le chemin de l’école”.

La récente tournée du Premier Ministre camerounais Joseph Dion Ngute dans les deux régions anglophones du pays a permis de confirmer ce sentiment.

Paul Biya estime aujourd’hui avoir la ferme conviction, à cet égard, que le moment est venu de mobiliser toutes les forces positives et constructives de son pays, à l’intérieur comme dans la diaspora, pour que ce désir devienne une réalité.C’est pourquoi, il a décidé mardi soir,10 septembre 2019, de convoquer, dès la fin du mois en cours, un grand dialogue national qui permettra aux camerounais, dans le cadre de leur Constitution, d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de leur Nation.  

Selon Paul Biya:”Le dialogue dont il est question, concernera principalement la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais il est évident qu’en cela même, il touchera à des questions d’intérêt national, telles que l’unité nationale, l’intégration nationale, le vivre-ensemble, il ne saurait intéresser uniquement les populations de ces deux régions.Il aura donc vocation à réunir, sans exclusive, les filles et les fils de notre cher et beau pays, le Cameroun, autour de valeurs qui nous sont chères : la paix, la sécurité, la concorde nationale et le progrès.Il s’articulera également autour de thèmes susceptibles d’apporter des réponses aux préoccupations des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi qu’à celles des autres régions de notre pays : le bilinguisme, la diversité culturelle et la cohésion sociale, la reconstruction et le développement des zones touchées par le conflit, le retour des réfugiés et des personnes déplacées, le système éducatif et judiciaire, la décentralisation et le développement local, la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants, le rôle de la diaspora dans le développement du pays, etc”.

Présidé par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, ce dialogue réunira une palette diverse de personnalités : parlementaires, hommes politiques, leaders d’opinion, intellectuels, opérateurs économiques, autorités traditionnelles, autorités religieuses, membres de la diaspora, etc. Seront également invités des représentants des Forces de Défense et de Sécurité, des groupes armés et des victimes.

Selon Paul Biya:”Tout le monde ne pourra, et c’est compréhensible, prendre effectivement part à ce dialogue, mais chacun aura l’occasion d’y contribuer”.

En amont de la tenue effective du dialogue, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, mènera de larges consultations, afin de recueillir les avis les plus divers, qui serviront de sources d’inspiration pour la conduite des débats. Des Délégations seront également envoyées dans les prochains jours à la rencontre de la diaspora, afin de lui permettre d’apporter sa contribution à ces réflexions sur la résolution de la crise.

Enfin,dans son discours à la nation,Paul Biya met en garde:” ceux qui persisteront à commettre des actes criminels et à violer les lois de la République,qu’ils feront face aux Forces de Défense et de Sécurité et subiront toute la rigueur de ces mêmes lois. Il en est de même des promoteurs de la haine et de la violence qui, confortablement et impunément installés dans des pays étrangers, continuent à inciter au meurtre et aux destructions. Qu’ils sachent qu’ils devront tôt ou tard rendre des comptes à la Justice”.

Biya appelle justement aux pays qui abritent ces “extrémistes”. S’ils se soucient réellement de la situation des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qu’ils agissent  contre ces criminels. La plupart n’ont plus la nationalité camerounaise, mais ils passent leur temps à collecter des fonds pour perpétrer des actes terroristes au Cameroun, à commanditer des incendies, des kidnappings et des assassinats et à lancer des mots d’ordre pour empêcher les enfants d’aller à l’école et les citoyens de vaquer tranquillement à leurs occupations.

La communauté nationale tout entière fonde de grands espoirs sur les assises annoncées. Elle espère y voir l’opportunité pour les camerounais du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de tourner cette page particulièrement douloureuse, d’oublier leurs souffrances et de retrouver une vie normale. Elle espère également voir le pays poursuivre résolument sa marche vers le progrès, grâce à une réflexion féconde sur les voies et moyens de créer les conditions d’une  exploitation optimale des ressources naturelles et du formidable potentiel humain que recèle le pays. Paul Biya reste ferme:”Le Cameroun restera un et indivisible”.

Facebook Comments

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here