Mesdames et Messieurs,

Je tiens d’emblée à vous remercier d’être à nos côtés en ce jour où ont lieu les obsèques de Vieux.

Achille Marie Tono

Dans une oraison funèbre, il est de tradition de décliner chronologiquement toutes les étapes de la vie du défunt de façon à restituer pleinement tout son cheminement personnel au moment où il s’apprête à repartir à la terre. Pour ce qui est de Vieux, nous allons y aller cette fois ci un tout petit peu différemment. Avec votre permission, nous allons nous affranchir de l’exigence chronologique que je viens de rappeler.

Je propose de regarder la vie de Vieux avec vous à travers les trois marqueurs identitaires qui ont tracé et forgé son rapport au Monde  pendant 55 ans : le cadre familial dans lequel il se mouvait, sa saine obsession à renouer avec son terroir d’Etoudi et une ouverture aux autres amplifiée par un fort ancrage dans la foi chrétienne.

  1. VIEUX DANS SON CERCLE FAMILIAL

Le cadre familial a été au cœur de la vie de Vieux. Jean-Jacques NOAH, Monsieur NOAH c’était sa façon de se présenter aux autres. Pour sa famille et amis c’était tout simplement Vieux. Il tenait ce petit nom de son père NOAH BIKIE Simon mort le 11 avril 1984, une victime collatérale du putsch manqué contre le Président BIYA le 6 avril 1984. Tout au long de la présente oraison, c’est bien-sûr de Jean-Jacques Noah que je parlerai en faisant constamment référence à Vieux. Dans son intimité familiale et bien au-delà c’était Vieux.

Comme je viens de le dire,

Avant tout, Vieux c’est un ancrage profond  et incontestable dans son terroir d’Etoudi

C’est donc sous ce nom que l’appelait notre père NOAH BIKIE Simon, décédé le 11 avril 1984 mortellement atteint par les balles  d’un élément de la mutinerie du 6 avril 1984 visant à renverser le Président Paul BIYA. Sa mère ESSENGUE Jacqueline est à nos côtés pour vivre ces derniers moments en compagnie de son troisième enfant. Dans l’ordre suivant, elle en a eu quatre avec notre père : BIKIE Scholastique Henriette Simone l’aînée, ASSIE Marie-Rose, NOAH Jean-Jacques (Vieux) et moi-même TONO Achille Marie.

Vieux arrive à la vie le 19 juillet 1964 à l’Hôpital Central de Yaoundé. Il passe quatre années avec notre mère installée à l’Ecole de Police puis notre père décide de le prendre avec lui  à Etoudi pour être aux côtés de ses sœurs BIKIE Scholastique Henriette Simone et ASSIE Marie-Rose.

L’Ecole Catholique d’Etoudi, à l’époque est à ses balbutiements. La qualité des enseignements n’est pas des plus indiquée. Notre père décide d’inscrire Vieux et mes deux sœurs à l’Ecole Publique de Messa. Chaque jour notre père les conduit à l’Ecole Publique de Messa et les ramène le soir à Tongolo, en marquant régulièrement un temps d’arrêt du côté de l’Ecole de Police où notre mère est établie. Les week-ends et les vacances étaient les moments où il pouvait passer plus de temps avec notre mère à l’Ecole de Police sans toutefois pouvoir y passer la nuit. C’était une consigne forte de notre père qui avait fait de lui un porte étendard lorsqu’il assistait à des deuils à Etoudi..

La seule fois qu’il arrivera à Vieux et à nous de passer la nuit en dehors du domicile paternel d’Etoudi, c’est en 1980 lors du décès de notre oncle maternel Paul NOMO mort tragiquement à 33 ans de suite d’un accident de circulation sur la route de Mbalmayo. Nous l’aimions beaucoup cet oncle. C’était le pilier de notre famille maternelle. Au-delà, c’était une sacrée référence pour la famille sur le plan scolaire et universitaire.

Pendant ce temps Vieux, lui, va progressivement se détacher de la filière générale et marquer irréversiblement un intérêt pour un cursus métier.

 

Vieux c’est donc une prise de distance progressive et raisonnée avec l’enseignement général au profit d’un cursus métier plus concret

Après ses études primaires, Vieux rejoint le collège Stoll d’Akono. Il y va sans un enthousiasme particulier. Vieux n’arrive pas à s’adapter à cette vie loin du domicile de son père à Etoudi. Son terroir lui manque cruellement. Convaincu qu’il peut lui trouver un meilleur cadre d’études en le plaçant sous la tutelle de feu ABBE NOAH Zacharie, qui à l’époque était Directeur du C.E.S de Nanga-Eboko, Notre père décide de scolariser Vieux par la suite au C.E.S de Nanga-Eboko. Mesurant finalement que les études à l’internat ne permettent pas à Vieux de s’épanouir pleinement, notre père décide de ramener Vieux auprès de lui et de le scolariser au collège Jean Tabi d’Etoudi.

Ces années dans des internats l’ont fragilisé au plan scolaire. Vieux veut faire autre chose. Dans un premier temps, il rejoint notre oncle maternel Paul NOMO à Nkongsamba qui y travaille comme Directeur de la Société Camerounaise de Banque. Après un séjour chez son oncle, Vieux revient donc à Yaoundé avec une idée bien plus claire sur la formation qui lui convient. Il veut se former aux métiers de l’assurance. C’est donc tout naturellement qu’il s’inscrit à l’Institut International des Assurances de Yaoundé ou il se formera aux métiers de l’assurance.

Il espère à travers cette voie s’insérer professionnellement avec le concours de notre père qui qui lui aurait été nécessairement d’un grand soutien s’il avait eu une longévité plus grande. Malheureusement notre père décède brutalement le 11 avril 1984 atteint à bout touchant par les tirs d’un mutin le 6 avril 1984. C’est un coup dur pour Vieux et pour nous tous. C’est un choc important tant notre père avait une place centrale dans la vie de Vieux et de la nôtre.

Il va rêver un moment. Il va comme nous croire un instant à l’engagement pris par nos demi-frères et sœurs putatifs de nous soutenir en se conformant aux dernières volontés de notre père. Vieux avait 19 ans. Ces 36 années de vie postérieure au décès de notre père ont été un véritable tourbillon pour Vieux. Il a passé ces années dans une totale adversité faisant face à une brutalité sans pareil de la part  nos demi-frères putatifs, Ce sera le combat de toute sa vie.

  • Vieux c’est donc
  1. LE COMBAT D’UNE VIE CONTRE UNE ERREUR JUDICIAIRE QUI LE PRIVE DE SON TERROIR D’ETOUDI

Aux sources de ce combat permanent de Vieux- une flagrante erreur de justice sur le règlement de la succession de notre père NOAH BIKIE Simon

Vieux comme nous réalise en 1986 que nos demi-frères putatifs veulent tout pour eux et rien pour nous malgré leur âge bien avancé et leur position sociale qui n’est pas à plaindre. Cette année-là, nous saisissons le Tribunal de 1er degré de Yaoundé pour régler la succession de notre père. C’est aussi cette année-là que nous décidons avec Vieux de rejoindre notre mère à l’école de police avec l’espoir que la justice règlera les choses au plus vite et que nous pourrons repartir sereinement à Etoudi dans de meilleurs délais.

Sans coup férir, nos demi-frères putatifs récusent la compétence du Tribunal de 1er degré qui est une juridiction coutumière et poussent Vieux et nous autres vers le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi. Leur choix est clair. C’est le droit écrit qui doit primer et non le droit coutumier qui avait initialement notre préférence. Vieux n’est pas gêné par ce déclinatoire de compétence et pour cause. Comme nous, il a été reconnu devant les juges par notre père de son vivant. Donc Vieux n’a aucune inquiétude à ce sujet. Nous aussi d’ailleurs.

Vieux est en première ligne de cette procédure judiciaire comme sur toutes les autres qui vont suivre. Il avait coutume de dire et il avait bien raison « On ne naît pas juriste, on le devient. » Au soutien de ses prétentions et des nôtres, il présente son acte de naissance, des actes qui sont assortis du jugement de reconnaissance du Tribunal de 1er degré de Yaoundé en 1970. Notre père avait pris le soin de reconnaitre Vieux tout comme nous devant la justice camerounaise. Henriette l’aînée est reconnue en 1960 à Esse, un an après sa naissance par notre père qui y vivait maritalement avec notre mère. Vieux, Marie Rose et moi avons été reconnus tous les trois en 1970 devant le Tribunal de 1er degré de Yaoundé.

Sur cette base, Vieux est optimiste. Il est conforté par une posture sans ambiguïté que notre père avait eue à l’égard de son ami feu papa ONAMBELE Tobi, notable Tsinga qui résidait près du Collège Charles Atangana à Bastos. Aux côtés de notre père, Vieux assiste à une scène dont il se souvenait très souvent.

Des enfants en bas âge de papa ONAMBELE lui réclament leurs actes de naissance visiblement pour des formalités scolaires. Alors papa ONAMBELE les renvoie systématiquement vers leurs mères. Vivement étonné, Vieux raconte que notre père interpelle son ami en lui faisant remarquer que c’est un manquement grave d’avoir des enfants sans acte de naissance pire que leur filiation ne soit pas établie. Notre père conclut, l’air grave,  que si son ami venait à manquer ces enfants seraient en sérieuse difficulté. Vieux qui n’est pas très loin a tout entendu. C’est de cette prise de position claire de notre père que Vieux, comme nous, va considérer que c’est un devoir de réclamer ses droits en rapport avec sa filiation.

Le Juge du Tribunal de Grande Instance du Mfoundi  ne remet pas en cause notre filiation. Mais nos demi-frères putatifs ont produit une thermocopie de l’acte de mariage de notre père et leur mère prétendument célébrée au centre d’Etat civil d’Emana en 1947.

Pendant les débats, Me Zebus Georges, un avocat antillais, ami de notre père, insiste pour que le camp d’en face produise l’original de l’acte de mariage et non une thermocopie. Ils ne produiront jamais l’original de l’acte. Qu’à cela ne tienne, le juge de grande instance leur accorde la qualité exclusive d’héritier de notre père en passant par perte et profit nos jugements de reconnaissance. Le juge de la Cour d’appel confirme cette décision tirée par les cheveux.

Vieux est profondément marqué par ces difficultés judiciaires. Il a du mal à comprendre. Il prend personnellement des initiatives amiables auprès de notre fratrie putative. Mais rien n’y fait.

èA nos côtés, Vieux  va opposer

Une volonté tenace, une résilience hors du commun, pour obtenir une révision de la décision de justice du TGI de 1995 confirmé en Appel  en 1997.

Les années passent et Vieux autant que nous se rend à l’évidence que nous nous sommes faits avoir come des bleus. Le juge du Tribunal de Grande Instance et le Président de la Cour d’Appel du Mfoundi se sont fondés sur un acte de mariage dont la régularité n’était qu’apparente. En réalité, l’acte de mariage n° 35 produit par nos demi-frères et sœurs putatifs est un faux. Il correspond en réalité à l’acte de mariage de M. NKOA Pierre et NGA Julienne célébré le 6 Mars 1947 à Yaoundé.

En effet, le procès-verbal de descente sur le terrain ordonné par le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi en 2007, saisi en requête civile, constate que l’acte de mariage produit par nos demi-frères putatifs est inexistant. Il n’y a jamais eu de mariage entre notre père et la mère de nos demi-frères putatifs. Bien plus, le centre d’état civil d’Emana, lieu du prétendu mariage mis en avant par nos demi-frères putatifs n’existait pas en 1947, année de la prétendue célébration.

Vieux est donc conforté par le procès-verbal du Tribunal de Grande Instance du Mfoundi et tire la  conclusion, comme vous le pouvez le faire, qu’il n’y a plus aucun lien de filiation entre notre père et ceux qu’il considérait jusque-là comme nos demi-frères… Au final, ils n’ont pas été reconnus par notre père. Pour autant, la juge en requête civile dans sa décision  ne leur dénie pas leur qualité d’ayant-droit. Vieux autant que nous se range derrière ce verdict équilibré  qu’il comprend comme une décision d’apaisement.

Nos demi-frères putatifs vont contester ce verdict en mettant en avant un vice de forme. Notre conseil aurait dû demander l’annulation de l’arrêt de la Cour d’Appel du 05 novembre 1997 qui était la dernière décision rendue sur l’affaire laquelle confirmait la décision du Tribunal de Grande Instance du 20 décembre 1995. Vieux est inconsolable beaucoup plus parce qu’il avait perdu la décision de la Cour d’Appel de la Cour d’Appel qu’on aurait dû viser dans notre première action en requête civile. Face aux risques de distraction de l’actif successoral, Vieux avec l’appui de nos conseils obtient une décision de mise sous séquestre de la succession dont nous pensons utile de différer la mise en œuvre.

Plus tempéré, Vieux autant que nous prend le parti d’une nouvelle action en requête civile cette fois ci- en visant l’arrêt de la Cour d’Appel du 5 Novembre 1997, ce qui aurait dû être fait lors de la première action en requête civile.

A l’évidence, le fond est pour nous, ceux que nous considérions comme nos demi-frères putatifs n’ont  plus de filiation établie par l’acte de mariage n°35 qui s’est in fine avéré inexistant. A leur désavantage, ils n’ont pas été reconnus par le père de Vieux qui est aussi le nôtre.  Vieux avait fini par avoir la conviction que c’est volontairement que mon père avait omis de reconnaître ces demi-frères putatifs.

Pour Vieux autant que nous les choses étaient claires et le sont toujours : d’un côté, vous avez des demi-frères putatifs sans lien de filiation vu que l’acte de mariage dont ils se sont prévalus est désormais inexistant. De l’autre Vieux, ses deux sœurs et son jeune-frère qui eux ont le privilège d’avoir été reconnu par notre père devant les juges camerounais.

Dans la deuxième action en requête civile qui est pendante devant la Cour d’Appel du Centre, le ministère public est saisi par la collégialité des juges de la cour pour faire ses réquisitions. Curieusement le dossier a disparu depuis le 31 Mai 2017. Depuis cette date, plus aucune trace du dossier qui est pourtant arrivé dans les services du Procureur de la Cour d’Appel.

Face à cette ultime manœuvre, Vieux engage une campagne médiatique de grande ampleur pour révéler cette affaire qui reste, sur le plan du droit, un cas d’espèce d’une simplicité évidente mais dans les faits a pris les allures d’un feuilleton judiciaire qui doit se terminer. Pour Vieux, les héritiers de notre père c’était lui, ses deux sœurs et moi. Les autres n’ont aucune filiation établie avec notre père donc n’ont en principe aucune voix au chapitre.

Toujours en première ligne, Vieux saisit les médias pour prendre l’opinion publique à témoin. Il passe dans des radios de la place pour alerter sur cette injustice et ces manœuvres dilatoires…..La presse écrite s’empare du sujet, des articles inondent les réseaux sociaux. Mais le dossier reste introuvable jusqu’au 16 juillet 2019 date de la mort de Vieux,  Et il l’est toujours introuvable à ce jour empêchant aux juges de la Cour d’Appel de statuer..

Toute la semaine qui a précédé sa mort, Vieux a continué à interpeller les hommes de droit pour résorber cette situation. Jusqu’au bout, il n’a jamais renoncé à la volonté de retrouver son terroir. Cet espace de 9 hectares que son père avait immatriculé en 1941. Sa dernière volonté c’était de reposer dans la concession de notre père à Tongolo. Notre fratrie putative, nonobstant une absence de filiation établie, considère que le domicile de notre père est désormais leur propriété.

Bien évidemment, ils se trompent sur toute la ligne. Leur lien de filiation avec notre père ne tient plus que sur le faux acte de mariage qu’ils ont produit et qui a amené la Cour d’Appel à tort de leur reconnaître la qualité exclusive d’héritiers de notre père. Au plan du droit cette fratrie putative n’a plus aucun lien de filiation avec notre père puisqu’ils n’ont jamais été reconnus par ce dernier. C’est tout le sens de la voie de recours extraordinaire que Vieux a introduit devant les juges de la Cour d’Appel du Centre.

Vieux avait coutume de dire que c’est à dessein que notre père nous a fait le privilège de nous reconnaître devant les juges et il fallait lui en être éternellement reconnaissant. Il a refusé d’aller dans le même sens vis-à-vis des enfants de l’autre lit, sans doute, disait Vieux, parce qu’il considérait que ces derniers étaient indignes de perpétuer sa mémoire de grand notable camerounais.

Face à l’adversité de nos demi-frères putatifs, Notre mère nous a fortement suggéré de  marquer une pause procédurale le temps d’inhumer Vieux dignement ici à Zamengoe où elle a ses attaches familiales et où Vieux avait une affection tout aussi grande que celle de son père Noah Bikie Simon.

Nous avons accepté cette inflexion tout en gardant la conviction que la justice camerounaise finira par dire définitivement le droit et mettre fin à cette imposture qui subsiste 35 ans après le décès de Noah Bikie Simon, le père de Vieux. Vieux pourra ainsi renouer avec cet espace paternel qui a bercé son enfance et son adolescence et qu’il transportait avec lui dans sa vie de tous les jours.

Cette saine  obstination de retrouver son terroir, vous avez pu vous en rendre compte tout au long de mon propos, a pris une place abyssale dans la vie de notre frère ne l’a, pour autant, pas empêché, au-delà de cette capacité de résilience, à développer une formidable ouverture aux autres et un enracinement profond dans la foi chrétienne comme son père Noah Bikie Simon.

  • En résumé, Vieux c’était
  1. UNE FORMIDABLE OUVERTURE SUR L’EXTERIEUR ET UNE PROFONDE DEVOTION RELIGIEUSE AU SEIGNEUR SOUS LE MANTEAU PROTECTEUR DE LA SAINTE VIERGE : FILLE DU PERE, MERE DU FILS ET EPOUSE DE L’ESPRIT SAINT

Au-delà de son tempérament bien trempé et une intransigeance qui trahissaient au final un souci permanent de justice, s’ouvrir aux autres était une véritable obstination chez Vieux. Il avait des amis de partout. Il aimait la chaleur des contacts humains. Il était particulièrement attachant.

Vieux c’était une disponibilité exceptionnelle et une grande générosité envers les autres

Mes séjours au Cameroun étaient une occasion pour moi de mesurer à quel point ces relations qu’il tissait à Yaoundé, à Douala…partout où il passait lui avaient permis de construire une humanité forte et ouverte sur le monde. Son cercle d’amis les plus proches c’était généralement des personnes plus âgées. Il était convaincu qu’il apprendrait beaucoup d’eux. Au-delà, il avait des liens avec toutes les classes d’âge. S’il nous arrivait de nous déplacer à pied, nous ne pouvions pas faire 5 minutes sans nous arrêter parce qu’il avait rencontré un ami….Il prenait le temps d’échanger des amabilités, puis nous reprenions notre marche. Plusieurs fois, je l’ai vu partager les quelques sous qu’il avait avec des personnes qu’il jugeait être dans le besoin. En réalité Vieux recevait pour donner à ceux qui étaient davantage dans le besoin.

Les amis, il en avait beaucoup, il me serait ici impossible de les recenser encore moins les passer en revue. Pour autant, il me paraît utile de souligner les trois amis qui ont beaucoup compté dans  sa vie : M. Tchouling, M. Tchamdjou, et M. Tchameni. Je demande un hommage appuyé à ces trois grands messieurs. Je tiens aussi à marquer notre profonde gratitude à son Excellence Monsieur le Ministre Etoundi Ngoa, Chef des Etoudis, qui a été d’un grand soutien à Vieux tout au long de sa vie et bien au-delà.

Du fond du cœur, nous  disons merci pour tout ce qu’ils ont pu lui apporter. Vous lui avez été d’un grand soutien. C’est grâce la belle proximité qu’il a pu construire avec vous qu’il a réussi à s’investir dans une activité d’opérateurs économiques.

A l’image de notre père, il avait opté pour la sphère économique. Il s’était focalisé sur l’exécution de la commande publique en devenant prestataires de services. Quand il était pris par une prestation, on pouvait très vite le reconnaître. Dans un style vestimentaire qu’il affectionnait : pantalon de toile noire ou grise, chemise avec manchettes, chaussure de ville noire, sac en bandoulière, Vieux laissait ces instants-là toutes ses souffrances intérieures pour se plier aux exigences de la commande publique. Ce n’était plus Vieux sur ce registre, c’était plutôt Monsieur NOAH comme il aimait bien se présenter sans se départir de ce mélange de fierté et de discrétion dont il savait se revêtir.

  • Au Final

Vieux c’était une pleine adhésion à la foi chrétienne

C’est aussi dans la discrétion et l’humilité que Vieux a construit son rapport à Dieu. Nos parents l’ont porté dans les eaux baptismales à la Paroisse Immaculée Conception de la Briqueterie,  un mois après sa naissance. Pour mémoire, Vieux fait sa première communion à l’église Marie Médiatrice des Grâces d’Etoudi. Il fait sa confirmation par la suite.

Pendant toute sa vie, il va fréquenter avec assiduité l’église. Matinal, il avait une préférence pour la messe de 6H00. Ces dernières années, il a beaucoup fréquenté la cathédrale. Il a été très présent à l’église christ roi de Tsinga particulièrement du temps où le père Achille MBALLA était curé.

Tous les ans, il ne sacrifiait pas à l’invitation de l’église de communier pendant la période de pâques. Il prenait bien le soin de se confesser au préalable.  Régulièrement, il récitait son chapelet dans une belle dévotion à la Très Sainte Vierge Marie : Fille du Père, Mère du Fils et Epouse de l’Esprit Saint.

Cet enracinement dans la foi chrétienne a beaucoup apaisé Vieux quand bien même il était bousculé par ses souffrances intérieures qui n’avaient qu’une seule cause ; l’adversité de nos demi frères putatifs qui l’a maintenu jusqu’à la fin de sa vie hors de sa concession familiale….là où il avait eu les meilleurs souvenirs de sa vie et construit son rapport à la vie. Cette blessure intérieure  travaillait Vieux Nuit et Jour. Il était traversé par une excessive impatience, voulant que tout se fasse très vite. Il aurait  pu commettre l’irréparable vis-à-vis de nos demi frères putatifs n’eût été nos conseils d’apaisement et sa foi aux œuvres du seigneur qu’il s’est ressaisi quelques jours avant sa mort.

Cet ancrage dans la foi chrétienne l’a convaincu qu’il fallait placer tout dans les mains de Dieu et la justice de notre pays. Cela peut suffire à expliquer qu’il ait demandé de remettre à l’Eglise Catholique tout ce qui lui reviendra après le règlement de cette affaire successorale qui a été au centre de ses préoccupations.

C’est donc la JUSTICE camerounaise qui est une fois de plus interpellée. Cette justice, Vieux continuera de l’interpeller par notre entremise. Mais en attendant Vieux reposera auprès de ses oncles, de ses grands-parents maternels….auprès de Ceux-la qui ne lui ont jamais fait défaut : Paul NOMO, MESSANGA Christophe, ATANGANA Oscar, BILAI Elisabeth et ENAMA Laurent, ses grands-parents).

Pour finir, c’est ici, sur la terre de notre famille maternelle, par la louange et l’adoration que nous prions le Seigneur, avec force mais sans agressivité, que nous prions le Dieu Tout-Puissant d’Amour et de Miséricorde, de venir chercher Jean-Jacques NOAH et l’emmener auprès de lui dans son Royaume.

 

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