Les Scoops d’Afrique :vous êtes promotrice du Festival culturel et touristique « Baka Dream Days » dont la quatrième édition s’est tenue du 25 au 31 mars 2019 à  Assok dans l’arrondissement de Mintom sous le thème « Décentralisation et gestion durable de la biodiversité  dans le bassin du Congo :la place des peuples autochtones. Que retenir de l’édition de cette année ?

Marie Ba’ane :Je voudrais d’abord rappeler que « Baka Dream Days »veut dire les journées de rêve des Baka.Et en  langue Baka,on dirait Lakpweo Na Keta Baka.

Pourquoi les journées de rêves des Baka ?

En fait, nous travaillons avec ce peuple depuis plus de quinze ans, dans plusieurs thématiques, allant dans l’amélioration de leur position économique et sociale .Mais, il y a un volet qui était un peu laissé à la traine. Il s’agit de la promotion de leur culture. Et c’est là où, à un moment donné, les patriarches nous ont dit : « tout ce que vous etes entrain de faire là est bien, mais ce n’est pas durable. Parce que, si vous nous aidez pas à reconstruire et à pérenniser notre culture, vraiment, vous nous aider, mais c’est pour un temps. Parce qu’un peuple sans culture est comme un arbre sans racine. C’est ainsi donc qu’il fallait voir quel était le meilleur moyen d’accompagner donc ces baka à reconstituer ce qui peut encore l’être, à promouvoir ,à valoriser à transférer tout ce qui reste d’eux en matière de culture. C’est donc ainsi qu’un premier festival a été organisé à Djoum ;étant vraiment un moyen comme je disais qui rassemble plusieurs acteurs et surtout les baka eux-mêmes. Les Kobo(patriarches),les chefs traditionnels et autres  pour poser les bases de ce long processus de promotion ou bien de valorisation de leur culture. C’est ainsi qu’en 2014,le premier festival a été organisé en plein centre ville à Djoum.C’était très beau. Un beau village Baka construit au centre ville de Djoum qui a duré trois jours .Mais à la fin, les baka nous ont dit : « Non, notre culture se pratique en foret. Alors, si on a commencé en ville, il faut qu’on trouve des espaces ou bien un espace en foret que nous irons désormais où nous irons réfléchir sur notre culture voire comment l’implémenter. C’est ainsi qu’il nous ont dit : « pour nous aider durablement, nous vous demandons principalement trois choses :la première est de nous accompagner pour mettre sur pieds un cadre qui nous permet de nous retrouver et que ce cadre qui regroupe tous les baka et autres groupes sociologiques des peuples autochtones puissent donc fonctionner- qu’ils se retrouvent, qu’ils parlent d’eux même, pensent à leur devenir. Les kobo ou patriarches sont sur le point de s’en aller. Qu’est ce qui va donc rester pour des générations actuelles et futures ? Deuxièmement, il fallait trouver un site qui cadre avec l’évènement. C’est ainsi qu’ils se sont lancés à la recherche des sites à travers le pays. Un site pouvant répondre à certains critères culturels qu’ils avaient eux-mêmes définis. Alors, on a fait le tour de ces sites. Et ce n’est que celui-ci qui a répondu au maximum qu’ils avaient définis. C’est ainsi que nous avons organisé un premier festival ici en 2015.Le deuxième festival en 2017 et cette année, nous sommes à une troisième édition dans ce site.

Quels sont les critères qui ont prévalu au choix de ce site ?

Il fallait voir s’il y a avait un site sacré dans cette zone. Est-ce que la zone avait assez de couvert végétal et des essences qui peuvent leur permettre de développer leur pharmacopée, alimentation, artisanat et bien d’autres. Est ce qu’il y avait de l’eau ?Et ici, vous avez cette rivière « peèèh » qui donne des chutes qui produisent un spectacle extraordinaire au petit matin. Donc, le site a l’eau. Vous voyez la foret, beaucoup d’essences qui sont sur ce site produisent un champignon très prisé par le peuple Baka.Il y a des essences médicinales d’où la présence sur le site des arbres où on a enlevé l’écorce. Il y a un site sacré avec une partie où personne n’y accède, c’est une zone sacrée. Il s’agit d’un musée vivant des peuples autochtones Baka du Cameroun.

Où sont passés les Baka du Congo ?

Pour l’édition 2019,la délégation du Congo n’est pas arrivée à cause des problèmes de communication.

Quelles sont alors les délégations qui ont pris part au Festival Culturel et Touristique « journées de rêves Baka », édition 2019 ?

Nous avons les peuples autochtones de Kribi qu’on appelle les Baguieli, les baka qui viennent de plusieurs communes dans la région du Sud Cameroun (Meyomessala,Djoum,Mintom).Les pygmées Bakola se sont annoncés également .Nous avons enregistré les pygmées venus de l’Est du pays.

 Madame, vous évoquiez plus haut un musée vivant en création. Qu’en est il concrètement ?

En fait, il y a des musées mais ici, il est vivant parce que vous avez l’espace qui vit. Un espace naturel. Vous avez des zones où vous pouvez voir les animaux à un moment donné. Vous avez des endroits où vous pouvez pratiquer la pêche traditionnelle ou bien la chasse traditionnelle, la médecine  traditionnelle  et bien d’autres. Dans le cadre de l’aménagement, il est prévu un musée comme les autres.

On parle d’une superficie de 60 000 hectares. C’est quand même énorme !

Mais, pas trop !

Que répondez-vous à ceux qui estiment que la mise en place de ce musée serait une stratégie des ONG de défense des droits environnementaux pour stopper le projet d’exploitation du calcaire de Mintom sur les rives du fleuve Dja par le Groupe Dangote ?

Je dirais le contraire. Parce qu’il y a une mauvaise interprétation des actions des Ong par certains acteurs. Nous ONG, sommes là pour apporter notre contribution en appui à l’action de l’Etat pour atteindre certains objectifs. Je pense que l’Etat a mis un accent particulier sur la promotion, la sécurisation, l’autonomisation des peuples autochtones. Alors, ce que nous sommes entrain de faire est que tout en développement des projets structurants, tout en développant l’industrie au Cameroun, qu’on tienne compte de cette population qui est essentiellement sensible. Parce que, si on ne prend pas ça en compte aujourd’hui, quand le projet va se mettre en œuvre, les Baka n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. C’est pourquoi ce projet est initié non pour stopper l’action de ce vaste projet d’exploitation minière qui s’annonce, mais pour minimiser les impacts et assurer le devenir de ce peuple.

Quelles étaient les activités qui ont meublé ce festival ?

On a eu des conférences autour des questions relatives à la vie du Baka dans ce contexte d’industrialisation, de décentralisation, de conservation, de lutte contre les changements climatiques, la place du Baka et la place des peuples autochtones des forets ? Il y a eu une conférence sur des cliniques juridiques en faveur des peuples autochtones. A ce sujet, nous travaillons avec la commission des droits de l’homme qui était également sur le site. Il y avait les tradi-praticiens. On a eu les sports traditionnels et un espace du « Bien-être bio et la mode ».Là-bas ,la particularité ici était que vous avez deux partenaires qui ont travaillé avec les produits des autres ; qui ont fait la promotion des produits venant de l’étranger, former les jeunes filles en coiffure, coutume…On a eu l’art culinaire Baka. 

Pourquoi la présence d’Elecam sur le site du festival ?

Elecam était là pour les inscriptions sur les listes électorales. L’ONG Internationale est venue pour son accompagnement à la sécurisation des espaces et des ressources pour les communes, le Centre pour l’Environnement (CED) était également présent. Il y a eu des soirées culturelles en pleine foret avec comme guest star « Mr Léo » venu de Buéa dans le Sud-Ouest avec une forte délégation de dix-huit personnes.

Quelle est l’importance de ce festival et ses perspectives ?

Il s’agit d’une occasion de réflexion, de poser des bases sur une réflexion déjà commencée. Les perspectives étant que ce musée vivant soit reconnu formellement avec un acte du gouvernement camerounais, que cet espace soit sécurisé. Nous devons accompagner les peuples autochtones à avoir la foret communautaire en convention définitive qui est de 25 ans renouvelable. Nous devons les accompagner à avoir la zone synergétique en gestion communautaire, et les accompagner à valoriser tous ces acquis-là. Même en terme économique, ce site en fait déjà chez les baka ; parce qu’il ne se passe pas de semaine sans que les touristes ne viennent ici.

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