Ces dernières années, Djibouti est devenue une plaque tournante de plus en plus importante pour le transbordement d’armes vers les groupes armés de la région. Il est de plus en plus évident que Djibouti agit comme un lieu de transit stratégique pour les armes provenant du territoire détenu par les Houthis au Yémen, qu’il expédie ensuite dans la région d’Awdal, au nord de la Somalie.

Le rôle accru de Djibouti dans le trafic d’armes régional se produit parallèlement à la recherche par le gouvernement du pays de nouveaux investissements étrangers dans son important secteur portuaire et ses industries connexes. De nombreuses entreprises djiboutiennes engagées dans le secteur maritime florissant du pays ont été impliquées dans le commerce illégal des armes, ce qui augmente les risques de réputation pour les investisseurs étrangers cherchant à participer à l’économie de Djibouti. La prolifération des armes à Djibouti suscite également des préoccupations concernant les activités criminelles armées et le risque accru d’attaques terroristes dans un lieu fréquenté par des militaires étrangers.

Cependant, aucun des partenaires internationaux de Djibouti n’est disposé à signaler de tels risques, craignant la perte potentielle de leurs baux sur des bases militaires stratégiques importantes dans le pays. Une source locale a qualifié le commerce d’armes dans le golfe d’Aden de «gâchis politique que la plupart des pays occidentaux ne veulent pas s’impliquer». Malgré des preuves impliquant des hauts responsables djiboutiens dans le commerce des armes, aucun effort concerté n’a été réalisé à l’encontre de ces individus.

Le rôle de Djibouti dans le trafic d’armes régional devrait s’accroître à mesure que l’Érythrée et l’Éthiopie tenteront de parvenir à une paix durable qui aura des répercussions importantes sur la chaîne d’approvisionnement en armes dans la Corne de l’Afrique. Les groupes armés en Éthiopie, en Somalie et dans le Soudan été le Soudan du Sud, ainsi que les Chabab, ont longtemps compté sur l’Érythrée pour fournir des armes. L’Érythrée cherchant à se rapprocher de l’Éthiopie et à réintégrer la communauté internationale, son rôle de centre de trafic d’armes se réduira considérablement.

Djibouti, qui privilégie une Somalie faible et une Érythrée isolée, va probablement combler le vide et tirer parti de ses réseaux de trafic d’armes existants pour continuer à fournir des armes illégales aux groupes armés de la Corne de l’Afrique. Depuis qu’il a pris le contrôle du terminal portuaire de Doraleh, le gouvernement djiboutien semble se préparer à augmenter ses expéditions par le port principal du pays. Toutefois, la plupart des livraisons d’armes illégales à Djibouti continueront d’être effectuées par le biais de petits artisans via les communautés de pêcheurs de la côte Sud-Est et via le projet du port de Garacad.

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