Cet ouvrage n’est pas une création ex-nihilo. Depuis la société primitive, l’homme a le souci de rendre justice lorsque l’ordre social a été perturbé. Le commissaire de police principal Jean-Pierre Moutassi, rappelle que depuis plusieurs décennies, la principale techniques pour y parvenir a été la collaboration avec des informateurs ».
Que doit faire l’officier de police judiciaire d’un suspect qui refuse d’avouer un crime, alors que plusieurs témoins l’accablent ?Pire encore, que doit-on faire d’une personne qui avoue un crime qu’elle n’a pas commis ?Comment prouver hors de tout doute raisonnable que la personne appréhendée est le bon criminel ?Comment réunir les éléments de preuve contre cette dernière et comment déterminer le mobile du crime devant le tribunal, au moment où la Loi réprime l’extorsion des aveux y compris par la ruse, au moment où l’aveu qui pendant des siècles a été la reine des preuves a perdu toute sa crédibilité de naguère,au profit de la « preuve scientifique » qui à son tour,est devenue la reine des preuves. Voilà les OPJ et les magistrats complètement désarmés, dans un champ de bataille où seule la justice doit avoir le dessus.
Pour le commissaire Jean-Pierre Moutassi : « la grande majorité des enquêteurs de la police judiciaire s’appuient encore sur les présomptions telles que les témoignages, les déductions, les dénonciations et les aveux, qui dans un passé non lointain, étaient parfois obtenus sous la torture. Ces éléments à eux seul et l’intime conviction du juge suffisaient au tribunal pour motiver la condamnation des suspects. Mais avec le temps, on s’est rendu compte que ces preuves étaient légères et sujettes à caution et par conséquent ne pouvaient garantir un procès équitable aux suspects, à partir du moment où il a été démontré que les informateurs prenaient parfois eux-mêmes part aux divers crimes, ou pouvaient mettre les enquêteurs sur une fausse piste. De telles méthodes se sont avérées pernicieuses, car plusieurs innocents se retrouvaient régulièrement en prison, suite à une dénonciation calomnieuse ou une vengeance de la part d’un faux témoin. D’autres criminelles s’évanouissent carrément dans la nature après leur forfait, sans qu’il soit possible à la police et à la gendarmerie de les appréhender, ce qui encourageait la récidive et provoquait le malaise social. Du coup, l’enquête pouvait à tout moment tourner au fiasco et les libertés que l’Etat veut protéger pourraient se voir bafouées. Toutes fois, ces anciennes méthodes ont pu apporter quelques résultats. Mais avec l’évolution de la société et la nouvelle donne internationale, ces méthodes méritent aujourd’hui d’être repensées, recadrées, pour s’arrimer au nouveau contexte mondial, qui impose le strict respect des droits de l’Homme ». L’ouvrage de 498 pages, dédicacé le 22 juin 2018 au Hilton Hôtel de yaoundé ; est un outil fondamental pour les praticiens du droit criminel ; un outil de formation pour les jeunes fonctionnaires, ainsi que pour leurs aînés qui n’auraient pas eu l’occasion de vivre l’expérience des enquêtes judiciaires que leur propose le policier principal Jean-Pierre Moutassi.
L’agence digitale d’information africaine(www.lescoopsdafrique.com) a rencontré le policier qui pense que : « pour garantir un procès équitable aux parties, il était indispensables de penser de nouvelles formes de preuves plus objectives et plus fiables pour une justice plus humaine, plus juste, une justice impartiale, plus objective, qui ne concède aucune faille à l’erreur, et qui prouve hors de tout doute raisonnable que seuls les bons criminels sont condamnés ».Entretien.
 
Lescoopsdafrique.com : Mon commissaire, que retenir de l’ouvrage que vous venez de publier aux éditions Harmattan Cameroun ?
Jean –Pierre Moutassi : Ce qu’on doit retenir de ce livre c’est que le temps est venu pour

Le commissaire principal Jean-Pierre Moutassi

nous de passer de la preuve  testimoniale à la preuve scientifique. Parce que dans tout le monde entier actuellement, de nouvelles techniques d’enquêtes criminelles sont en vigueur  dans les polices. On ne condamne plus les gens sur la base des présomptions. C’est pas parce que quelqu’un avoue un crime qu’il en est forcement l’auteur ou ce n’est pas parce que quelqu’un nie et que deux témoins viennent l’accabler, qu’il en est forcement l’auteur. Avec la preuve scientifique, on  ne se trompe pas et on est à l’abri des erreurs judiciaires.
Au regard du manque criard des équipements dans la police, que conseillez-vous à vos camarades ?
Je dirais que l’équipement coute cherre  dans un premier temps. Nous allons nous équiper progressivement. Nous n’en fabriquons pas. Le peu qui est là, nous l’utilisons. Et j’ai toujours convoqué l’intelligence et la créativité des officiers de police judiciaire. Par  exemple, je les recommande souvent s’ils n’ont pas de poudre adhésive ou de poudre magnétique ou encore de ruban adhésif pour prélever les empreintes, ils peuvent utiliser de la farine et le scotch qui coute 100Fcfa. Avec la farine et le scotch de 100 Fcfa et la farine, vous pouvez  prélever les empreintes digitales et confondre un criminel.
A qui s’adresse concrètement votre ouvrage ?
L’ouvrage s’adresse à tout le monde. L’ouvrage s’adresse aux officiers de police judiciaires qui mènent des enquêtes. L’ouvrage s’adresse aux magistrats qui sont chargés de monter les procédures  et condamner les criminels, l’ouvrage s’adresse aux avocats, parce qu’un avocat peut avoir un client peut-être suspect  ou alors victime ;il faudrait qu’il ait les éléments pour défendre le dossier  devant le tribunal. Si dans un cas de strangulation  soupçonnée, on ne retrouve pas les traces au niveau du cou par exemple, l’avocat pourra dire au magistrat que « mon client est accusé d’avoir étranglé une personne, mais en faisant l’expertise médico-légal, on n’a pas retrouvé des traces au niveau du cou dont je demande un réexamen du dossier et il va obtenir gain de cause.
Que répondez-vous à ceux qui penseraient que vous avez livré vos techniques  aux criminels ?
Comme je l’ai dit au cours de la cérémonie de dédicace de mon livre au Hilton Hôtel de Yaoundé, il n’y a pas de crime parfait. Lorsque le criminel quitte la scène du crime, il laisse une partie de lui sur la scène et emporte une partie de la scène du crime. Et lorsque nous faisons des constations médico-légales, nous allons retrouver sur le criminel, une partie de la scène, et sur la scène, nous allons retrouver une partie de lui  qui peut être l’empreinte génétique ou l’empreinte digitale.
 

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